Renforcer les partenariats entre le Canada et l’Europe dans les domaines de la défense et de la technologie
Cet écart était au cœur des discussions qui ont eu lieu le 8 avril lors du deuxième Forum sur l’innovation en matière de sécurité nationale de l’Université d’Ottawa. Des chercheurs, des chefs de file de l’industrie, des organismes de financement et des décideurs politiques se sont réunis pour répondre à la question suivante : comment les alliés démocratiques peuvent-ils innover suffisamment rapidement et collectivement pour suivre l’évolution rapide de l’environnement de sécurité actuel?
S’appuyant sur le premier Forum sur l’innovation en matière de sécurité nationale de l’Université d’Ottawa, tenu en novembre dernier et consacré à l’écosystème canadien de l’innovation en matière de défense et de sécurité, cette deuxième édition s’est tournée vers l’extérieur. La discussion est passée de ce que le Canada peut accomplir seul à ce que le Canada et l’Europe peuvent construire ensemble, ainsi qu’aux changements nécessaires pour rendre cette collaboration plus rapide et plus efficace.
Le défi : l’harmonisation, et non la sensibilisation
Au fil des panels, les participants ont souligné le même problème : l’innovation évolue rapidement au-delà des frontières, tandis que les programmes de financement, les règles d’approvisionnement et les structures de gouvernance évoluent plus lentement. Bon nombre de ces pratiques ont été conçues pour une autre époque, créant un écart entre ce qui est techniquement possible et ce qui peut réellement être réalisé dans les délais impartis.
Les panélistes ont insisté sur le fait que les décisions en matière de sécurité ne sont plus prises de façon isolée. La manière dont les pays investissent dans la recherche et l’innovation détermine de plus en plus avec qui ils peuvent collaborer, quelles technologies ils peuvent utiliser en toute confiance et à quelle vitesse ils peuvent agir lorsque les conditions changent. La capacité de recherche n’est plus une question politique distincte : elle est devenue un élément concret de la préparation en matière de sécurité.
Cela explique en partie pourquoi les universités, l’industrie et les gouvernements collaborent de plus en plus. La sécurité moderne ne consiste pas uniquement à répondre aux crises par l’intermédiaire des institutions de défense. Elle dépend également de la capacité des systèmes d’innovation qui s’étendent au-delà des frontières à être harmonisés avant qu’une crise ne survienne.
Des recherches qui répondent aux besoins réels en matière de sécurité
Les travaux de recherche présentés lors du forum ont montré comment la R-D peut être harmonisée avec les besoins réels en matière de sécurité grâce aux recherches déjà menées à l’Université d’Ottawa.
Parmi les exemples présentés figuraient des réseaux sécurisés utilisant l’IA pour protéger les systèmes 5G et 6G ainsi que les technologies autonomes, des recherches en photonique quantique et en nanophotonique visant à soutenir les systèmes de détection de prochaine génération et les communications sécurisées, ainsi que des recherches en médecine spatiale axées sur la santé humaine et la résilience dans des environnements extrêmes et éloignés.
Ensemble, ces travaux ont renforcé l’idée que l’innovation en matière de sécurité est nécessairement interdisciplinaire. Elle repose sur la collaboration entre le génie, les sciences et la médecine, tout en s’appuyant sur des perspectives juridiques, sociales et historiques qui permettent d’ancrer les solutions techniques dans un contexte réel. Cette perspective à 360 degrés est souvent ce qui permet à l’innovation d’être fiable et durable.
Les participants ont également souligné que ce type de collaboration nécessite de trouver le juste équilibre : protéger les applications sensibles tout en maintenant suffisamment d’ouverture dans la recherche pour favoriser la coopération internationale.
Rapidité, coordination et rôle de l’industrie
Pour les entreprises qui œuvrent dans le domaine de la sécurité ou à proximité de celui-ci, le temps constitue souvent la contrainte la plus pressante.
Les chefs de file de l’industrie ont été directs : l’écart évoqué précédemment se fait particulièrement sentir au stade du déploiement, lorsque les exigences en matière de mise en marché rapide ne concordent pas avec les processus d’approvisionnement et de financement, qui ne sont pas conçus pour fonctionner rapidement. Lorsque cela se produit, les technologies peuvent perdre leur élan ou être dépassées par les événements sur le terrain avant même d’être déployées.
Ces problèmes sont particulièrement difficiles pour les jeunes entreprises et les entreprises en croissance. Bon nombre des solutions les plus novatrices d’aujourd’hui proviennent de petites entreprises, mais celles-ci disposent souvent de peu d’indications claires sur les priorités gouvernementales, les normes ou les clients potentiels. L’incertitude entourant les normes, les clients et les échéanciers rend plus difficile la planification et l’investissement en toute confiance.
L’utilisation de technologies dans plusieurs pays ajoute un autre niveau de complexité. Les solutions doivent fonctionner avec différents systèmes, répondre à des exigences communes et gagner la confiance de tous les partenaires. Pour les technologies ayant des applications à la fois civiles et liées à la sécurité, les participants ont souligné l’importance d’établir des règles claires dès le départ, notamment en ce qui concerne le moment et la manière où la recherche passe d’une collaboration ouverte à une application plus contrôlée.
Les conférenciers ont constamment insisté sur l’importance de prendre rapidement les décisions en matière de gouvernance et de coordination. Lorsque les normes, les règlements et les attentes en matière d’approvisionnement sont pris en compte ensemble dès le départ, les technologies peuvent progresser plus rapidement et être utilisées de manière responsable, plutôt que de rester bloquées une fois arrivées à maturité ou d’être mises en place à la hâte lors de situations urgentes.
De l’ambition commune à une mise en œuvre durable
Le forum a également mis en lumière un défi bien connu de la collaboration internationale : les systèmes de financement accusent souvent un retard par rapport aux accords politiques.
Bien que le Canada et l’Europe partagent de nombreuses priorités, les différences entre les échéanciers, les critères d’admissibilité et la tolérance au risque peuvent ralentir les progrès. Des organismes tels que le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et Mitacs, ainsi que des laboratoires nationaux comme le Conseil national de recherches du Canada (CNRC), jouent un rôle important dans la transformation d’objectifs communs en partenariats réalisables.
Selon les participants, la collaboration à long terme repose sur la prévisibilité. Les projets pilotes à court terme et les appels de financement ponctuels peuvent amorcer des relations, mais ils offrent rarement la stabilité nécessaire pour bâtir des systèmes durables. Sans parcours clairement défini entre la collaboration et le déploiement, l’élan peut facilement se perdre.
Les partenariats fondés sur la confiance, établis au fil du temps plutôt qu’au gré des cycles de financement, ont constamment été cités comme un facteur clé de réussite. Les universités jouent le rôle d’ancres stables en matière de soutien à la R-D, d’innovation et de développement des talents, tandis que l’industrie relie les écosystèmes et contribue à transformer la recherche en applications concrètes.
À l’avenir, tous les participants sont repartis avec une idée claire de ce qui est nécessaire pour progresser. Les éléments d’un partenariat solide entre le Canada et l’Europe en matière de défense et de technologie existent déjà. La capacité de recherche est présente. Les valeurs communes sont présentes. Il reste toutefois le travail plus difficile d’harmoniser les cycles de financement, d’uniformiser les normes et de bâtir des relations durables capables de transformer l’ambition en capacités concrètes.
Pour l’Université d’Ottawa, cette convergence n’est pas abstraite : elle prend déjà forme. De la communication quantique aux réseaux utilisant l’IA et à la préparation aux pandémies, les chercheurs de l’Université d’Ottawa travaillent sur les enjeux qui façonnent le paysage actuel de la sécurité. Située à quelques pas de la Colline du Parlement, l’Université est bien placée pour attirer les talents, harmoniser l’expertise de différentes disciplines et faire progresser les découvertes vers les systèmes qui contribuent à protéger les personnes et les nations.